21 h 40. La cuisine est rangée, la journée est derrière vous. Vous n’avez pas faim. Vous le savez très bien, d’ailleurs, vous avez dîné il y a deux heures.
Et pourtant vous êtes devant le placard. Vous prenez quelque chose. Puis autre chose. Pas par gourmandise, pas vraiment par plaisir non plus. Il y a surtout, à ce moment-là, l’impression très nette que c’est ce qu’il faut faire.
Vingt minutes plus tard, le goût est passé et la journée pèse un peu plus lourd.
Si cette scène vous est familière, voici ce qui se joue réellement quand on se met à manger ses émotions, ce que dit la recherche sur les approches qui agissent sur ce comportement, et comment je travaille là-dessus au cabinet, à Lausanne.
Ce n’est pas un problème de volonté
Commençons par là, parce que c’est souvent la première phrase que j’entends : « je manque de volonté ».
Regardons les faits. Vous avez tenu une journée entière. Vous avez géré des demandes, des imprévus, des gens. Vous vous êtes retenu·e de répondre, vous avez fait ce qu’il y avait à faire, vous avez repoussé ce qui pouvait l’être. Quelqu’un qui manque de volonté ne tient pas une journée pareille.
Le problème n’est pas la quantité de volonté. C’est le moment où on la demande, et ce qu’on lui demande de faire.
Manger ses émotions : pourquoi le soir, et pas le matin
Le matin, la journée tient toute seule. Il y a un horaire, des rendez-vous, des gens autour, des choses qui attendent. Cette structure fait une partie du travail à votre place.
Le soir, tout cela tombe d’un coup. Plus personne ne demande rien. Et ce qui a été mis de côté pendant douze heures, la contrariété de la réunion, la phrase qui est restée en travers, la fatigue, remonte au moment précis où il n’y a plus rien pour l’occuper.
À ce moment-là, manger est la chose la plus rapide, la plus accessible et la plus efficace pour changer ce que l’on ressent. Pas sur la durée, mais tout de suite. Et c’est exactement cette immédiateté qui rend le geste si difficile à défaire.
Il y a un fond physiologique à cela. Le stress prolongé agit sur l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, le système qui règle la production de cortisol. Quand la sollicitation dure, ce rétrocontrôle se dérègle, et l’organisme reste en mode mobilisation alors qu’il n’y a plus rien à affronter (Slavich et Irwin, 2014). Ce n’est pas une anomalie de votre part : c’est un système de survie qui tourne encore quand le danger n’est plus là. C’est le même terrain que celui du stress et de l’anxiété qui ne redescendent plus, et c’est pour ça que les deux vont si souvent ensemble.
L’Enquête suisse sur la santé 2022 a d’ailleurs montré une augmentation du stress psychique dans la population par rapport à 2017. Vous n’êtes pas seul·e sur ce terrain-là.
Puis l’habitude prend le relais
Au début, il y a une raison. Une mauvaise journée, une soirée seule, une nouvelle difficile.
Mais le cerveau est une machine à faire des liens, et il apprend vite. Si le geste a soulagé trois fois, quatre fois, dix fois, il cesse d’avoir besoin d’une raison. Il se déclenche sur le contexte : l’heure, la pièce, le canapé, le silence.
Voici l’image qui me sert le plus souvent au cabinet. Imaginez un tableau électrique dans lequel deux fils ont été interchangés. Vous appuyez sur l’interrupteur « fin de journée », et c’est la lampe « manger » qui s’allume. Vous n’avez rien demandé de tel. L’installation fait simplement ce pour quoi elle a été câblée, et elle le fait très bien.
Tant qu’on travaille sur l’interrupteur, c’est-à-dire sur la volonté au moment du placard, on se bat contre le mauvais élément. Ce qu’il faut atteindre, c’est le câblage.
Ce que dit la recherche, et ce qu’elle ne dit pas
Je préfère donner les chiffres tels qu’ils sont, y compris ceux qui ne m’arrangent pas.
Une revue systématique avec méta-analyse publiée en 2022 a rassemblé 23 essais randomisés menés chez des adultes en surpoids, soit 1 203 participant·es, sur les approches qui visent l’alimentation émotionnelle : thérapies cognitivo-comportementales, pleine conscience, thérapie d’acceptation et d’engagement, programmes alimentation et activité physique (Chew, Lau et Lau, 2022).
Résultat : un effet petit à moyen juste après l’accompagnement, un effet moyen à trois mois, et plus rien de significatif à six mois.
Cette dernière ligne est la plus importante de tout l’article. Elle dit deux choses. La première, c’est que ce comportement se travaille, et que ça marche. La seconde, c’est que l’effet ne tient pas tout seul dans la durée. Autrement dit, il ne suffit pas de « régler le problème » une fois : ce qui compte, c’est ce que vous repartez avec et ce que vous en faites ensuite. C’est précisément pour cette raison que je consacre une partie de la séance à l’autohypnose, et que je propose un point de suivi.
Sur l’hypnose en particulier, deux éléments sont bien établis. D’abord, l’état hypnotique est un état cérébral mesurable, pas une croyance : l’imagerie montre une baisse d’activité du cortex cingulaire antérieur dorsal et une connectivité accrue entre cortex préfrontal et insula, c’est-à-dire entre la réflexion et la perception du corps (Jiang et al., 2017). Ensuite, sur l’anxiété, qui accompagne très souvent ces épisodes, une méta-analyse de 17 essais retrouve un effet moyen marqué, plus net encore lorsque l’hypnose est combinée à d’autres approches psychologiques (Valentine, Milling et al., 2019).
Ce que je ne vous dirai pas, en revanche : que l’hypnose fait maigrir. Ce n’est pas le sujet de cet article et ce n’est pas ce sur quoi je travaille. Le sujet, c’est le geste du soir, l’automatisme, et ce qu’il y a dessous.
Avant tout : quand en parler à un·e médecin
Il y a une limite à poser clairement, et elle compte plus que tout le reste de cette page.
Si manger sans faim occupe une grande place dans vos journées, si les épisodes s’accompagnent de honte, de sensation de perte de contrôle, de stratégies pour les cacher, ou de gestes pour compenser ensuite, il peut s’agir d’un trouble du comportement alimentaire. Cela se soigne, et cela demande un accompagnement pluridisciplinaire, avec un·e médecin et souvent un·e diététicien·ne et un·e psychothérapeute.
Dans ce cas, parlez-en d’abord à votre médecin. L’hypnose peut s’inscrire en complément d’un tel suivi, jamais à sa place. Je le dis aussi en séance quand la situation le demande.
Comment je travaille là-dessus, au cabinet
Je pratique l’hypnose Elmanienne OMNI®, une approche directe et structurée. Concrètement, cela veut dire qu’on ne passe pas la séance à tourner autour du sujet.
La première séance dure deux heures. Une bonne partie se passe les yeux ouverts, à parler. On cherche le moment précis où le geste se déclenche : l’heure, l’endroit, ce qui vient d’arriver dans la journée, ce que vous ressentez juste avant. Ce repérage est le vrai travail. Il est rarement là où on l’attendait.
Vient ensuite la partie en hypnose. L’objectif n’est pas de vous interdire quoi que ce soit, ni de vous dégoûter de quoi que ce soit. Il est de défaire l’association automatique entre l’état émotionnel du soir et le passage par la cuisine, et de rendre disponible autre chose à ce moment-là.
Enfin, vous repartez avec une technique d’autohypnose courte, utilisable chez vous, le soir, au moment où ça se joue. Vu ce que dit la littérature sur la durabilité des effets, ce n’est pas un bonus : c’est la partie qui fait tenir le reste.
Vous pouvez lire le déroulement complet d’une séance si vous voulez savoir à quoi vous attendre avant de venir.
Un mot, enfin, sur le sommeil. Beaucoup de personnes qui grignotent le soir dorment mal, et les deux s’entretiennent : une nuit courte rend la journée plus difficile à tenir, et une journée difficile ramène au placard. Si c’est votre cas, l’article sur l’hypnose et le sommeil complète celui-ci.
Questions fréquentes
Est-ce que je vais perdre du poids ?
Je ne le promets pas, et personne de sérieux ne devrait le promettre. Le travail porte sur un comportement précis, manger sans faim le soir, et sur ce qui le déclenche. Ce que devient le poids ensuite dépend de beaucoup d’autres choses, dont certaines relèvent d’un suivi médical ou diététique.
Combien de séances faut-il ?
Cela dépend de la personne et de la situation. Nous en parlons ensemble lors du premier rendez-vous, une fois que j’ai une idée claire de ce qui se passe. Annoncer un nombre à l’avance, sans vous connaître, n’aurait pas de sens.
Est-ce que je perds le contrôle pendant la séance ?
Non. Vous entendez tout, vous vous souvenez de tout, et vous pouvez interrompre quand vous voulez. L’hypnose est un état de concentration particulier, pas une mise en veille. Vous restez la personne qui décide, du début à la fin.
Pour aller plus loin
Le geste du soir n’est pas un défaut de caractère. C’est une solution que votre cerveau a trouvée, qui a fonctionné, et qu’il continue d’appliquer parce que personne ne lui a proposé mieux. C’est précisément ce qui le rend modifiable.
Le cabinet HypnoVibes vous accueille à Lausanne. L’adresse exacte vous est communiquée lors de la prise de rendez-vous en ligne.
Je suis reconnu par la Fondation ASCA et membre de l’Association des Praticiens en Hypnose (APH). La plupart des assurances complémentaires ne remboursent pas encore l’hypnothérapie, même reconnue ASCA : pensez à vérifier votre couverture.
Tarifs : CHF 200 (première séance, 2h) · CHF 130 (séance de suivi, 1h)
Vous hésitez encore ? Les avis et témoignages des personnes accompagnées au cabinet donnent une idée concrète de ce qui se passe en séance.
L’hypnothérapie est une approche complémentaire et ne se substitue pas à un suivi médical ou psychologique.
Sources
- Chew, H. S. J., Lau, S. T., & Lau, Y. (2022). Weight-loss interventions for improving emotional eating among adults with high body mass index: A systematic review with meta-analysis and meta-regression. European Eating Disorders Review, 30(4), 304-327. https://doi.org/10.1002/erv.2906
- Slavich, G. M., & Irwin, M. R. (2014). From stress to inflammation and major depressive disorder: a social signal transduction theory of depression. Psychological Bulletin, 140(3), 774-815. https://doi.org/10.1037/a0035302
- Jiang, H., White, M. P., Greicius, M. D., Waelde, L. C., & Spiegel, D. (2017). Brain activity and functional connectivity associated with hypnosis. Cerebral Cortex, 27(8), 4083-4093. https://doi.org/10.1093/cercor/bhw220
- Valentine, K. E., Milling, L. S., Clark, L. J., & Moriarty, C. L. (2019). The efficacy of hypnosis as a treatment for anxiety: a meta-analysis. International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis, 67(3), 336-363. https://doi.org/10.1080/00207144.2019.1613863
- Office fédéral de la statistique (2023). Enquête suisse sur la santé 2022 : évolution du stress psychique. https://www.bfs.admin.ch/asset/fr/28625368
